Ce projet reste ouvert et non exhaustif, vos contributions sont les bienvenues par mail.
En cours de rédaction ! texte ci-dessous pas terminé.
Historique de l’audiodescription au cinéma
Ces quelques lignes ne se veulent pas exhaustives, loin de là. Nos investigations se focalisent sur la Suisse où nous résidons, et sur la France. Nous nous permettons de citer largement l’article sur le sujet paru dans Les Echos en mai 2022 « L’audiodescription au cinéma, des oreilles pour voir. »
https://www.lesechos.fr/weekend/perso/laudiodescription-au-cinema-des-oreilles-pour-voir-1408274
Apparue au milieu des années 1970 à San Francisco, l’audiodescription offre aux malvoyants la possibilité de suivre un film guidé par une voix. Plus cette technique progresse, plus elle bouleverse nos certitudes de spectateurs. Et si une personne privée de la vue pouvait inciter à regarder un film autrement ?

La Suisse compte environ 277.000 personnes déficientes visuelles,
dont 50.000 personnes aveugles, soit plus de 4% de la population.
La France, quant à elle, compterait 3 millions de déficients visuels,
dont 70.000 aveugles…
Et beaucoup sont des spectateurs de cinéma.
Histoire de l’audiodescription
La longue histoire de l’audiodescription remonte pourtant à la Californie des années 1970. Un certain Gregory Frazier regarde la télévision à côté d’un ami aveugle et de son épouse qui lui décrit Le train sifflera trois fois. Soudain, il comprend que son ami parvient à « voir » Gary Cooper, Grace Kelly, la gare, l’horloge et l’étoile du shérif… A la San Francisco State University, Frazier va conceptualiser cette expérience sous la forme d’une thèse pour offrir aux aveugles un chemin vers l’écran. Son projet restera longtemps en sommeil faute de relais, jusqu’à la nomination d’un nouveau doyen au département Arts créatifs : le professeur de cinéma August Coppola, frère de Francis Ford et père de Nicolas Cage. En 1971, celui-ci a inventé le Tactile Dome, un musée de reliefs et de sensations qui se visite dans le noir complet. Voilà pourquoi, Tucker (1988), film de Francis Coppola un peu oublié, restera une oeuvre marquante dans l’histoire de l’audiodescription : c’est le premier long métrage officiellement adapté aux publics mal et non-voyant.
Indiana Jones et la première audiodescription
L’année suivante, pour donner un écho international à son projet, Gregory Frazier contacte en France l’historique Association Valentin Haüy (AVH). Marie-Luce Plumauzille est alors étudiante en anglais à Nanterre : « J’ai entendu parler d’un voyage de formation aux Etats-Unis pour une méthode alors appelée « audiovision ». Et voilà comment, après un processus de sélection, je suis partie à San Francisco avec Maryvonne et Jean-Yves Simonneau suivre ce stage de dix jours. Nous sommes revenus avec deux extraits audiodécrits : une scène de mime des Enfants du paradis de Marcel Carné et la fin des Diaboliques d’Henri-Georges Clouzot, que nous avons montrés en marge du Festival de Cannes 1989.
Le trio enchaîne sur le premier long métrage entièrement audio décrit en français : Indiana Jones et la dernière croisade. Longtemps, les travaux d’audiodescription vont se faire en marge du cinéma : « Les premiers films audiodécrits n’étaient pas projetés dans les salles, se souvient encore Marie-Luce. On travaillait uniquement pour l’AVH et Patrick Saonit, le responsable du service d’audiovision faisait des kilomètres, la nuit, dans sa voiture pour projeter les films dans les différentes antennes de l’Association à travers la France. C’était un travail artisanal mais nous y apportions le plus grand soin. »
Arte, le précurseur
Au fil du temps, l’audiodescription va s’installer dans l’industrie du cinéma. Le procédé prend d’abord de l’ampleur grâce à Arte qui, dès 1996, diffuse des programmes audiodécrits. Puis, TF1 Vidéo édite la première audiodescription en DVD avec Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Le film de Jean-Pierre Jeunet comprend justement une séquence vertigineuse où, sur un air d’accordéon, Audrey Tautou décrit le bourgeonnement de la rue Lamarck à un aveugle, avec ses détails amusants, ses passants et commerces pittoresques : « Chez le boucher, lance-t-elle enthousiaste, il y a un bébé qui regarde un chien qui regarde les poulets rôtis. »
Le 1er janvier 2020, une loi va donner une ampleur nouvelle au procédé : l’audiodescription – et la réalisation de sous-titres destinés aux sourds et malentendants – devient obligatoire pour obtenir l’agrément du CNC. La production d’une audiodescription coûte entre 5.000 à 7.000 euros et l’institution s’engage à soutenir dans cette opération les oeuvres dont le budget est inférieur à 4 millions d’euros.
« Soudain, on est passé de 20 à 30 ou 60 films audio décrits par an… à 300 ! », se souvient Dune Cherville, pionnière de l’audiodescription formée par Marie-Luce Plumauzille. Du jour au lendemain, attirés par ce nouveau marché, traducteurs, scénaristes, auteurs s’improvisent audio descripteurs. « On doit être une quarantaine à exercer ce métier en France. Je dirais que seule la moitié a suivi une formation », évalue Dune. L’augmentation du nombre de films à décrire s’est malheureusement accompagnée d’une dégradation des conditions de travail : « Il faut compter en moyenne une heure de travail par minute de film, précise-t-elle. L’été dernier, une société m’a demandé d’audiodécrire Apocalypse Now en quatre jours ! Ce que j’ai bien entendu refusé… »
La rédaction d’une charte des audiodescripteurs est en cours d’élaboration. Elle vise à orienter le travail et la démarche de ceux qui aspirent à rejoindre ce métier.
Par ailleurs, ces discrets professionnels du cinéma tâtonnent encore dans un vide juridique : si des discussions sont en cours, les audiodescripteurs ne sont pas considérés comme des auteurs par les institutions comme la SCAM ou la Sacem. Ils ne touchent donc aucun droit de diffusion.
Nouvelle charte
La Charte pour l’inclusion dans le cinéma et l’audiovisuel a été signé le 22 février 2023. C’est un texte d’engagement porté par le Collectif 50/50 né du constat que la parité entre les hommes et les femmes et la diversité de la société française, dans ses composantes culturelles, ethniques et sociales, ne sont pas suffisamment représentées au sein des productions audiovisuelles françaises, en plateau et à l’image. Par la diffusion de cette Charte, le Collectif souhaite agir concrètement en faveur de plus d’inclusion au sein du cinéma et de l’audiovisuel, dans le respect intégral de la liberté de création, le respect du droit d’auteur, de la liberté d’entreprendre, de la singularité artistique de chaque film, et dans le respect du cadre légal de la lutte contre les discriminations.
La Charte pour l’inclusion dans le cinéma et l’audiovisuel est un texte d’engagement porté par le Collectif 50/50 né du constat que la parité entre les hommes et les femmes et la diversité de la société française, dans ses composantes culturelles, ethniques et sociales, ne sont pas suffisamment représentées au sein des productions audiovisuelles françaises, en plateau et à l’image. Par la diffusion de cette Charte, le Collectif souhaite agir concrètement en faveur de plus d’inclusion au sein du cinéma et de l’audiovisuel, dans le respect intégral de la liberté de création, le respect du droit d’auteur, de la liberté d’entreprendre, de la singularité artistique de chaque film, et dans le respect du cadre légal de la lutte contre les discriminations.
Pour plus d’informations, contactez collectif5050.com
Voix familière des audiodescriptions, Morgan Renault préfère le terme d’auteur d’audiodescription à celui d’audiodescripteur : « Je ne suis pas une machine » , sourit-il. Comme ses collègues, il a développé une hypersensibilité à la précision du vocabulaire. Car l’audiodescription nous en apprend autant sur les nuances de la langue française que sur le cinéma. Ainsi, le vague verbe « prendre » ne signifie pas exactement « attraper »… qui lui-même diffère d’« empoigner ». Aveugles et audiodescripteurs savent combien les parfaits synonymes sont rares, comment chaque mot convoque une image singulière. Ou, selon Dune Cherville, comment certains mots « ne font pas image ». « C’est un aspect de ce métier qui me plaît, poursuit Morgan : sur un film de prétoire, je vais puiser dans un vocabulaire particulier qui ne m’est pas forcément familier. Puis, je vais travailler sur un autre film qui se déroule dans une usine de voitures et chercher de nouveaux mots… »
Si les mots ne manquent pas, la place pour les glisser reste limitée. « L’une des difficultés, ce sont les plans où il se passe plusieurs choses en même temps. Je pense notamment à un dessin animé infernal à décrire comme Moi, Moche et Méchant. Sur chaque film, je ne cesse de faire des choix. Face à un plan de montagne, je peux m’attarder sur la lumière rasante du soleil, ou sur la route qui serpente dans la vallée, mais pas les deux. » Le spectateur non-voyant ne perçoit donc qu’une partie du film. Néanmoins, même les yeux grands ouverts, qui peut prétendre capter toute la richesse d’une image fugitive ? Et quelle mémoire visuelle saurait imprimer le souvenir parfaitement net d’un moment aussi volatil qu’un plan de film ?

La théorie de la chaussette
Idéalement, une fois la première version rédigée, l’auteur s’installe devant le film et soumet son travail à l’expertise d’une personne non-voyante qui, comme Delphine Harmel, va effectuer un minutieux travail d’édition. Elle peut intervenir, tout simplement, sur les fautes de français ou les répétitions. Non pas à la façon d’un professeur mais pour soigner le confort des futurs spectateurs. « Si j’entends par exemple ‘ Il lui emboîte le pas’ et que la même formule revient vingt minutes après, je vais sortir du film. » Elle chasse aussi les redondances du texte avec la bande-son. « Je n’ai pas besoin que la voix me dise ‘Elle dévale l’escalier’ quand j’entends parfaitement la cavalcade des pas. Ni que l’on m’indique que les personnages se trouvent à bord d’une voiture alors que le moteur vrombit. » Morgan Renault, également musicien, lit la bande-son comme la rythmique d’une batterie sur laquelle il pose ses accords d’auteur. Néanmoins, certains sons lui tendent des pièges. Dans Mon Oncle, Jacques Tati a, par exemple, a fabriqué le claquement des talons de Madame Arpel avec deux balles de ping-pong. Privé d’image, comment ne pas percevoir une partie de ping-pong ?
Récemment Morgan a travaillé sur La Panthère des neiges, documentaire animalier narré par Sylvain Tesson. L’audiodescription présentait le danger d’ajouter une seconde voix off : « Il fallait rendre la beauté des images de Vincent Munier mais sans concurrencer le lyrisme du texte de Tesson. Je devais plutôt l’épouser. » Heureusement, l’audiodescripteur peut compter sur l’ingénieur du son. À travers la bande sonore du film, il va tendre le fil sur lequel se posera la voix. Jean-Yves Pouyat qui, au studio Pannonica à Angers, a mixé l’audiodescription de La Panthère des neiges résume : « On ajoute au film une autre voix qui ne doit pas s’apparenter à un corps étranger. » L’audiodescription de La Panthère des neiges cache des perles discrètes, telle l’apparition d’un renard : « Son museau, flanqué d’épais favoris, révèle de longues canines. » Pour autant, elle n’est pas une oeuvre littéraire. Travail d’écriture, à quatre mains et deux yeux, ce texte tisse un voile qui ne vise… qu’à l’absolue transparence. Delphine Harmel emploie une étonnante analogie : « C’est comme une chaussette à taille unique qui s’adapte à toutes les pointures. Une fois achevée, on aura l’impression que l’audiodescription fait partie du film, mais elle ne doit jamais prendre le pas sur lui. L’audiodescription ne raconte pas le film, la seule personne qui raconte, c’est le réalisateur. »
Une nouvelle forme de cinéma
Bien entendu concède Morgan Renault, « un aveugle, même s’il conçoit ce qu’est la couleur bleue, ne saisira jamais l’intensité des bleus de Jean-Luc Godard ». Mais si Delphine Harmel n’a pas retrouvé des émotions de spectatrice similaires à celles de son adolescence, elle a découvert une nouvelle forme de cinéma. « C’est comme une randonnée en montagne, ce n’est pas la même chose qu’avant… mais c’est autre chose. » Le rapport des aveugles au grand écran n’est donc pas tout à fait comparable à celui de ceux qui possèdent « des yeux pour voir ». Néanmoins, il est certain que les aveugles perçoivent des aspects des films invisibles à nos yeux et qu’ils ressentent des émotions qui nous échappent. Lorsqu’elle a débuté dans l’audiodescription, Dune Cherville était fascinée par cette phrase d’Audiard : « Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière. » Ceux qui ne voient pas les images nous renvoient à notre condition de spectateurs, aux limites de notre entendement : sensibles à certains aspects d’une oeuvre d’art… et aveugles à d’autres.
Au-delà de l’audiodescription
Une fois l’audiodescription achevée, le parcours jusqu’à la salle de cinéma demeure semé d’obstacles pour le cinéphile non-voyant. Comme en témoigne Alexis Robin, la principale difficulté reste l’information : « AlloCiné vous informe sur les salles qui projettent un film en VO ou en VF, mais ne signale pas si l’audiodescription est disponible. Aucun site ne fait ce travail. La seule solution est donc de se rendre sur place et demander… au risque d’avoir fait le trajet pour rien. » Si l’audiodescription est disponible, il arrive fréquemment que la personne à la caisse, mal (in)formée, ne sache pas où se trouve le boîtier pour l’écouter « et cela peut prendre de longues minutes, tandis que derrière vous la file d’attente se forme ». Restera ensuite, si l’on n’est pas accompagné, à trouver sa salle dans le labyrinthe d’un multiplexe…
Trois associations :
Fondation Visio
La fondation Visio soutient des projets innovants au profit de la mobilité des personnes aveugles et malvoyantes. En partenariat avec l’association Les Yeux Dits, elle travaille actuellement à l’audiodescription de 100 classiques du patrimoine français dont Plein Soleil, Le Mépris ou Les enfants du paradis. Ils seront ensuite disponibles gratuitement sur la Médiathèque Numérique et La Cinetek. fondation-visio.orgles-yeux-dits.fr
Retour d’image
A travers l’organisation de séances et de formations, Retour d’image réunit les publics valides et en situation de handicap autour de films et d’échanges. Elle accompagne aussi les professionnels qui désirent rendre le cinéma plus accessible pour tous. retourdimage.eu
Confédération Française pour la Promotion Sociale des Aveugles et Amblyopes
La CFPSAA a pour mission de faire connaître les droits des personnes aveugles ou malvoyantes. Elle est à l’initiative des Marius. Décerné depuis 2018 par un jury de cinéphiles aveugles et déficients visuels, le Marius récompense la meilleure audiodescription parmi les films nommés aux César. En 2022, Aline de Valérie Lemercier a succédé à Eté 85 de François Ozon.
cfpsaa.fr
Plusieurs organismes, que ce soit des écoles de théâtre tels La compagnie Véhicule ou la société Titrafilm assurent l’audiodescription de films en France.
https://www.lacompagnievehicule.fr
Qu’en est-il en Suisse ?
La Suisse, quant à elle. A élaboré dès 2020 une telle charte.
Regards neufs
Regards Neufs a pour objectif l’accès à la culture cinématographique aux personnes déficientes visuelles ou auditives.
En 2010, l’association lausannoise Base-Court lance le projet Regards Neufs, une expérience de cinéma pour aveugles et malvoyants. Le but est de programmer des films audiodécrits en salle de cinéma, lors de séances ouvertes à tous, afin de favoriser l’intégration sociale des personnes malvoyantes. Il s’agit d’une première initiative en Suisse qui permet aux personnes déficientes visuelles et voyants d’aller ensemble au cinéma. Regards Neufs programme dans les cinémas Pathé de Lausanne des films en audiodescription dès le jour de leur sortie commerciale en salle. Des séances mensuelles sont également proposées afin de créer un rendez-vous régulier avec le public concerné. L’offre s’étend également à Genève
Fin 2016, Regards Neufs met en place un système d’audiodescription de films sur téléphones portables qui permet aux personnes en situation de handicap visuel ou auditif de se rendre dans toutes les salles de Suisse. L’application Greta permet d’accéder à l’audiodescription de films gratuitement sur téléphone portable afin de vivre une expérience de cinéma en toute autonomie. Ce système a pour avantage de ne nécessiter aucun équipement des salles et une utilisation ordinaire des copies des films programmés. Une présence en Suisse alémanique est également établie.
En 2019, Regards Neufs obtient le label « Culture inclusive » décerné par Pro Infirmis en tant que pionnier romand de l’accessibilité au cinéma pour les personnes en situation de handicap visuel.
Regards Neufs poursuit sa mission d’accessibilité également dans la sphère numérique. Depuis 2019, Regards Neufs s’associe à la plateforme filmo, qui propose un catalogue en ligne de films du patrimoine helvétique. Une collaboration avec la Cinémathèque suisse est également établie.
Pour en savoir plus au niveau international, se référer à la page wikipédia sur le sujet :
https://fr.wikipedia.org/wiki/A
Techniques en matière d’audiodescription
Il existe plusieurs approches actuellement dans le domaine de l’audiodescription. Chaque approche présente des atouts et des limites.
L’enjeu du mixage et de la spatialisation sonore
La qualité d’une audiodescription ne se mesure pas uniquement au choix des mots, mais également à la manière dont elle s’intègre dans le traitement global du son. Dans plusieurs productions, elle est encore ajoutée en stéréo, en post-production, conférant parfois à la voix une impression de détachement par rapport au reste du mix. En revanche, certaines plateformes, comme Apple TV+, privilégient une intégration directe dans un mixage multicanal – voire en Dolby Atmos. Ce procédé, d’une élégance technique incontestable, permet à la narration de se fondre avec finesse dans le rendu sonore du film, renforçant ainsi l’immersion du spectateur.
Rôle de l’audiodescription
La question se pose de savoir si l’audiodescription doit se limiter à être un simple vecteur d’information ou s’enrichir d’une dimension artistique complémentaire ?
La question reste ouverte. C’est un outil en perpétuelle évolution et qui ne cessera de se perfectionner et de s’affiner au fil du temps
Pour plus d’information à ce sujet, se référer à :
https://www.edencast.fr/entre-fidelite-et-incarnation-quelle-place-pour-audiodescription/
Le cinéma intérieur de Benjamin Kling : un métier de l’ombre à découvrir sur vos écrans
Par Jean-Brice Tandonnet • Mercredi 12 octobre 2022
Le cinéma intérieur de Benjamin Kling : un métier de l’ombre à découvrir sur vos écrans | ICI
