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3 août 2026 – Le Nouvelliste Par Flavia Gillioz

Il grimpe sans voir ni entendre

FINHAUT  – Roland Lugon-Moulin s’est passionné pour l’escalade après avoir perdu la vue. Il fait l’objet d’un «Passe-moi les jumelles» distingué ce week-end au Festival international du film alpin aux Diablerets.

Un écran noir. Un souffle une grande paroi de granit, que l’on devine chaude. Des mains qui tâtonnent, cherchant de quoi se hisser un peu plus encore. «C’était mon souhait lance Roland Lugon-Moulin, joint par téléphone. «Revenir sur mes terres pour le reportage. » Sur ses terres, à Emosson, là où le Fignolain d’origine a le panorama bien en tête, «au centimètre près». Et ça compte. Malentendant depuis ses cinq ans, l’homme a complètement perdu la vue il y a de ça vingt ans, à cause d’une maladie génétique. «Ici, je me  vois grimper. Les couleurs, les formes, les montagnes. Ce n’est pas comme ça ailleurs.»

« Les parois sont comme vivantes pour Roland. Il a fallu en faire des personnages à part entière. » Matthieu Fournier, Journaliste et présentateur de «PASSE-MOI LES JUMELLES»

Grimper sans voir ni entendre

Grimper, sans voir, ni quasiment entendre. Une performance qui force le respect, d’autant plus que le Lensard d’adoption a découvert ce sport après avoir perdu la vision.Ce qui intrigué le journaliste de la RTS Matthieu Fournier au point d’en faire un «Passe-moi les jumelles » intitulé «Grimper vers la lumière », couronné samedi de la mention du jury du Festival international du fim alpin des Diablerets (FIFALP) catégorie « verticale ».Roland Lugon-Moulin se met à la grimpe il y a huit ans. L’homme traversait alors une période difficile: «Après avoir perdu la vue entre 30 et 35 ans, j’avais écrit des livres. Mais ça restait très intellectuel. Le corps commençait à grincer. » L’ancien prof de ski a besoin de bouger. Il tente plusieurs activités, du vélo tandem au retour sur les lattes. Mais rien n’y fait. « Je ne me sentais jamais vraiment libre. Je devais toujours être guidé. »

L’intuition, la liberté

Et puis un jour, des amis lui proposent l’escalade. Le coup de foudre est immédiat. «Quand je suis au pied de la falaise, je fais ce dont j’ai envie. » résume-t-il simplement. Son important handicap auditif l’empêche d’entendre les ordres, conseils et instructions à partir de quelques mètres et, paradoxalement, Roland Lugon-Moulin y trouve sa liberté. «Je veux le moins d’informations possibles.  Ce qui me plaît le plus, c’est de ressentir les textures, les prises, le magnétisme de la roche » détaille le sportif qui s’avoue volontiers « assez mystique » dans son rapport au caillou. Et pour cause. « J’ai des acouphènes très puissants depuis des années, 24 heures sur 24. Mais lorsque j’arrive près des rochers, plus un bruit.» Dans l’émission de Matthieu Fournier, il a fallu rendre compte de cette vision du monde. «Les parois sont comme vivantes pour Roland. Nous avons essayé d’en faire des personnages à part entière » explique le journaliste.

Le plus dur? Arriver sur place

Depuis le déclic, Roland Lugon-Moulin grimpe le plus possible. « Environ une fois par semaine » « J’aimerais plus, mais il faut trouver des gens ». Le plus dur dans sa pratique? Se rendre sur le site d’escalade. «Rejoindre les transports publics est un vrai challenge. Il faut bien penser que je n’entends pas un véhicule qui arrive. » Une fois sur la voie, d’autres peurs s’invitent. « Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer les bêtes qui pourraient se trouver dans les fissures. Ma première crante, c’est les serpents. » Et puis, le chutes, bien sûr. Surtout lorsqu’il grimpe en tête. « Je ne sais pas quelle partie de mon corps va heurter la paroi. Des bémols que ne l’empêchent pas de s’adonner à sa passion. « C’est le seul moment où je peux me déplacer sans canne. »

Des sons nouveaux

Pour le documentaire qu’il ne peut pas visualiser lui-même, Roland Lugon-Moulin a été obligé de faire confiance  Matthieu Fournier et son équipe. Mais au moment de l’écouter pour la première dans ses écouteurs adaptés, les émotions l’ont submergé. « J’ai entendu des sons que je n’avais jamais entendus dans ma vie. Les gouttes du barrage d’Emosson par exemple », partage celui qui a été guide dans sa jeunesse et qui y célébrait justement samedi la fête nationale et la récompense du FIFALP avec ses proches.

Affluence record au 57e FIFALP

Le 57e Festival International du film alpin des Diablerets (FIFALP anciennement FIFAD) comptabilise un affluence record sur les huit jours de projection. Plus de 15’000 spectatrices et spectateurs s’y sont rendus pour découvrir des films touchant au monde le la montagne. « La montagne devient un enjeu de société important, sur le plan sportif environnemental, économique et humain. Les films et les rencontre du FIFALP sont là pour que nous puissions débattre en semble», souligne Gilles Marchand, président du festival. Le Grand Prix du Festival a été décerné à une production indienne, Loving Karma de Johny Burke et Andrew Hinton. En plus de « Grimper vers la lumière », un autre film suisse a été récompensé par le Prix de la narration. Il s’agit du road movie Misol-ha de Julien Monges, Gaspar Martinez-Aldama et Aleksander bens, qui retrace l’histoire d’une bande d’amis à la recherche d’une cascade au Mexique.

30 juillet 2026

Des aveugles derrière une caméra : un projet du Centre pour une culture accessible à Tel-Aviv.

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Comment construire un plan sans le voir ? Au cours de dix séances, à l’aide de briques Lego, d’une description vocale et d’une analyse du film « Citizen Kane », les participants à l’atelier « Première prise » ont appris l’écriture de scénario, la prise de vue, la réalisation et le jeu d’acteur. Pour la première fois en Israël, deux courts métrages ont été projetés à la Cinémathèque de Tel-Aviv, entièrement réalisés – de l’idée à la dernière image – par des créateurs non-voyants. Amin Salach, ancien participant à l’atelier : « Nous avons un point de vue unique que personne d’autre n’a. Nous ne voulions pas faire un film sur les aveugles. C’est déjà assez que ce soit nous qui l’ayons réalisé »

Ces films, d’une durée d’environ cinq minutes chacun, sont le fruit de dix séances intensives au cours desquelles les participants ont appris les bases du langage cinématographique : écriture de scénario, réalisation, prise de vue et montage.

Cette initiative a été lancée par le « Centre pour une culture accessible » et la Cinémathèque de Tel-Aviv. L’atelier s’est déroulé sous le parrainage de la Fondation « Dorot », qui a permis la mise en œuvre du projet.

Selon les organisateurs du cours, au début, les participants sont arrivés avec des idées, de la curiosité et beaucoup de points d’interrogation. La plupart aimaient le cinéma, certains regardaient des films grâce à l’audiodescription, mais aucun d’entre eux n’avait jamais tenté de réaliser un film en tant que créateur.

Comment se sentira  une personne qui n’a jamais vu de film en train de réaliser un film ? Comment décide-t-elle de ce qui apparaîtra dans le cadre, où placera-t-elle la caméra, Quelles expressions faciales raconteront l’histoire et que ressentira le spectateur ? Pour la plupart des gens, il s’agit là de questions théoriques, mais pour les 11 participants à l’atelier de cinéma « Première prise », elles sont devenues une réalité.

Le tournage s’est déroulé alors qu’ils savaient exactement ce qu’ils voulaient créer. Ils tiennent à souligner que les professionnels qui les ont accompagnés n’ont pas pris les décisions artistiques à leur place, mais les ont aidés à traduire leur imagination en langage cinématographique.

À la fin du processus, les participants se sont répartis en deux groupes, chacun ayant réalisé son propre court-métrage, depuis l’idée initiale jusqu’à la version finale projetée devant le public.

L’un des participants est Amin Salah, originaire du village de Moshad, dans le nord du pays, professeur d’anglais et titulaire d’un diplôme en communication, né avec une cécité héréditaire. Lorsqu’on lui demande comment une personne qui n’a jamais vu peut réaliser un film, il sourit et répond que ce principe lui est en fait familier.

« Quand j’arrive dans un nouvel endroit », explique-t-il, « j’écoute les bruits, les échos, les pas, j’apprends à connaître l’espace et je me construis une carte mentale. C’est ainsi que je m’oriente. Au cinéma, c’est le même principe, mais en beaucoup plus complexe. »

Au fil de son travail, il s’est rendu compte que le cinéma allait bien au-delà de ce qu’il imaginait. « Avant l’atelier, j’étais persuadé que le son était l’essentiel. Après avoir appris les angles de prise de vue, la composition, les expressions faciales et les mouvements de caméra, j’ai compris que je passais à côté d’un monde complexe et infini. Alors j’ai dit en plaisantant que j’avais en fait appris à voir ».

Ce changement, selon lui, ne s’est pas limité à la salle de classe. « J’ai commencé à demander aux gens ce qu’ils voyaient autour de moi. Tout à coup, des détails auxquels je n’avais jamais pensé auparavant m’ont intéressé. Même aujourd’hui, quand je regarde un film avec une description audio, je pense d’une manière complètement différente ».

L’un des aspects les plus intéressants de ce processus a été le choix des participants de ne pas réaliser un film traitant du handicap. « Il était clair pour nous que nous ne voulions pas faire un film sur les aveugles ; le fait que ce soient des aveugles qui l’aient créé est déjà suffisamment significatif. »

Amin Salah : « Quand j’ai imaginé le film, je l’ai entendu dans ma tête avant même que nous le tournions. Je l’ai vécu à travers ce qu’il me reste de vision, à travers les ombres, les lumières et les sensations. »

Les participants au cours n’ont pas seulement réalisé les films, ils y ont également joué. « J’ai appris à me déplacer de manière autonome sur chaque lieu de tournage, comme si je voyais. S’il y avait des escaliers ou des obstacles, j’étudiais les lieux à l’avance », explique Amin.

Au-delà de la formation professionnelle, les participants ont également vécu une expérience collective enrichissante. Chacun est arrivé avec ses propres idées, mais au final, tous ont dû s’accorder sur un seul scénario, se répartir les rôles, accepter les critiques et travailler en équipe.

« Il n’y avait aucune vanité », confie-t-il. « Chacun faisait ce pour quoi il était doué. Certains écrivaient, d’autres jouaient, d’autres encore s’occupaient des accessoires. Tout le monde travaillait pour le résultat final. Nous avons travaillé un mois et demi pour cinq minutes. »

Ce travail en collaboration, raconte-t-il, l’a aidé à surmonter l’un de ses défis personnels : la multitâche. « Le jeu a été le plus difficile pour moi, mais aussi le simple fait de gérer une charge de travail importante. Je devais penser au scénario, au jeu des acteurs, à la prise de vue, aux accessoires, aux plannings. Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus sûr de ma capacité à gérer des projets. »

Avez-vous eu des appréhensions au début ? Azoulay : « En réalité, non. J’enseigne depuis de nombreuses années dans l’éducation spécialisée et j’ai eu l’occasion de travailler avec des publics très variés. Pour moi, chaque nouveau groupe m’oblige à repenser la manière de transmettre mes connaissances. »

Pourtant, le cinéma est un art visuel, et ici, il s’agit d’enseigner à des personnes qui ne voient pas. N’était-ce pas un défi ?

« Pas du tout. Dès le premier quart d’heure, j’ai compris que j’avais en face de moi des hommes et des femmes intelligents, curieux et profonds. Très vite, nous avons cessé de nous attarder sur le handicap pour nous concentrer sur le cinéma. »

Amir Orni : « L’objectif n’est pas de décrire chaque détail, mais de fournir à ceux qui en ont besoin les informations nécessaires pour se forger eux-mêmes une image. Au final, une personne voyante interprète elle aussi la réalité ; la différence, c’est qu’une personne aveugle fait appel à quelqu’un d’extérieur pour l’aider à se forger cette image. »

Revenons à Amin, qui, avant la projection du film, n’avait qu’une seule demande : que le public présent dans la salle ne se préoccupe pas de savoir si les créateurs voient ou non, mais qu’il se laisse simplement emporter par l’histoire. « Les personnes en situation de handicap ont un point de vue particulier. N’ayez pas peur de créer, le public attend d’entendre vos histoires. »

Azoulay espère lui aussi que les spectateurs sortiront de la salle avec une nouvelle perspective. « Je voudrais que les gens comprennent qu’un handicap n’est pas ce qui définit un créateur. La créativité, la curiosité et la persévérance sont bien plus fortes que n’importe quel handicap. »

Pour plus d’informations et pour visionner les films : sur le site du « Centre pour une culture accessible »

Dimanche 19 juillet 2026, deux courts-métrages de fiction réalisés dans le cadre de cet atelier ont été projetés à la Cinémathèque de Tel-Aviv. Pour la première fois en Israël, des films écrits et réalisés par des personnes aveugles ou malvoyantes ont été présentés.

Le « Centre pour une culture accessible » a été fondé par la Bibliothèque centrale pour les aveugles, créée il y a plus de 75 ans à l’intention des soldats ayant perdu la vue pendant la guerre d’indépendance. Au fil des ans, la bibliothèque est devenue un acteur central dans l’accès à la culture pour les personnes malvoyantes.

Pour Amir Orni, directeur général du « Centre pour une culture accessible », cet atelier s’inscrit dans une vision bien plus large. « Beaucoup de gens pensent que notre rôle se limite à rendre accessibles des livres ou des films », explique-t-il. « Mais nous voulons que les personnes malvoyantes ne soient pas seulement des consommateurs de culture, mais aussi des créateurs. Cela fait partie de nos principes fondamentaux.

La culture n’est pas un luxe. La culture est la nourriture de l’âme, elle fait partie de notre identité. Lorsqu’une personne ne peut pas participer à la vie culturelle, la société perd son point de vue unique. »

24 juin 2026

Odile Converset, non-voyante et cinéphile. Qu’est-ce que le cinéma quand on est aveugle ? Que voit le non-voyant au cinéma ? Qu’est-ce que voir un film quand on est privé de la vue ? Cet entretien avec Serge Daney enregistré en 1988 et rediffusé dans les Nuits de France Culture, est disponible en ce moment sur France Culture en podcast. (41 minutes). Il porte sur le rapport image son etl’état de lucidité dans lequel elle se trouve pour vivre le cinéma.

L’entretient commence ainsi : « Si Godard travaille à ce qu’on voie le son, Bresson est quelqu’un qui permet d’entendre l’image .» Professeur de musique, aveugle de naissance et cinéphile assidue voyant trois films par semaine, Odile Converset affirme que voir un film c’est avant tout le vivre et que c’est un moment pleinement physique. Avec une grande précision, elle raconte son histoire de spectatrice de films à qui le cinéma n’a pas été donné. Elle a dû le conquérir « millimètre par millimètre » avant qu’il ne devienne une véritable passion. Passion… dont elle dit que c’est le film qui lui a appris le cinéma. « J’essaye de vivre le film avec tout mon corps.» Elle explique qu’elle a développé sa passion grâce à l’état de concentration extrême avec lequel elle aborde cet art — en particulier celui de Godard, dont elle est amatrice. À partir du son, elle médite avec une grande finesse sur l’expérience du cinéma elle-même : un labyrinthe, au cœur duquel le spectateur trouve peu à peu, dit-elle, son « fil d’Ariane »

21 mai 2026

La Commission supérieure technique de l’image et du son (CTS) a organisé, durant le festival de Cannes, des tables rondes intitulées « écrans inclusifs au sujet de l’accessibilité dans le cinéma ». Comme modératrice, il y avait une journaliste aveugle Leatitia Bernard… Le programme pouvait être téléchargé via le lien suivant.